POÈMES

Depuis 2008

J’écris des poèmes depuis mon adolescence ; j’ai ici sélectionné mes préférés. Tantôt romantiques, rêveurs, rustiques ou rythmés, ils sont l’expression naturelle de mes sentiments. La plume est pour moi une véritable thérapie et partager cette poésie n’a rien d’évident. J’espère qu’ils sauront inspirer les amoureux des mots qui passeront par là… Je vous souhaite une bonne lecture !


L’Un Conscient
Mai 2018

Avant que tout ne commence à danser dans un élan d’élégance élémentale
Avant la vibration des voix, verbes évoqués dans le vide
Une volonté sans équivoque naquit de l’indicible

Cercle ancien, cycle sans fin
Source émergeant du champ de tous les possibles
Un chant fondateur se fondant au cœur de nos corps
Et encore plus profond

Formant des accords et des chœurs au creux des particules
S’articulant en monticules et îlots d’existence
Avec une insistance ridiculement immense
C’est là la force de la conscience


Temps c’est rien
Avril 2018

Devrais-je croire ou devrais-je croître hors des carcans confortables de ma cosmologie coquette ? Pas de croquettes cartésiennes pour l’os creux que j’aspire à être. Pas besoin de croire quand on ne fait que voir ce qui frappe à la porte. Peu importe le consensus, le Christ et la science, car ce qui crève les sens toujours l’emporte. Que la vérité vienne des dieux ou des cieux, qu’elle soit verte ou bleue, n’a pas d’importance. Tant qu’elle me pose sur la Terre, tant qu’elle me sort de cette terrible transe. Les sorts que me lancent les sentinelles de l’évidence m’ont longtemps irrité, moi qui erre dans des mondes erratiques et rêvés, relatifs et rivés d’ondes d’irréalité. Pourtant je perçois un temps en deçà, entre le maintenant, l’ici et là-bas. C’est inextricablement inexplicable et l’expliquer serait peu raisonnable. Ma raison, de plus, est une fable du passé, le fantôme d’un futur qui depuis longtemps a cessé. Je n’essaie plus d’être précis ni pressé ni poreux ni paumé, car la paresse de l’espoir m’a poussé tôt ou tard à lâcher prise sur l’impossible frise que compose ma conscience, éprise d’une ébriété sans pitié ni piété. Je piétine à petits pas sur l’imposante échine d’une réalité déchirée de sa reposante routine, espérant dévoiler le merveilleux visage que m’avaient volé vos yeux violents de vérités trop sages.


Candyland
Avril 2018

Le coulis mielleux de caramel collant dégouline goulument le long de mes babines, les gorgées gluantes coulant lentement à chaque déglutition. Et puis une fourchette chaude de gâteau brioché, mâché sans relâche par mes molaires charnues qui déchirent ce festin farineux de fantasmes ingénus. Servez-moi, s’il vous plaît, une évasion vanillée au soupçon sirupeux de vanité. Je veux m’enivrer jusqu’à l’arrêt cardiovasculaire, me rendre malade en molestant mes viscères. Je claquerai en croquant des kilogrammes de cacahuètes, fracassant mes crocs fragiles, encaissant des gallons de gras saturés et de diglycérides abjects, harcelant mes artères aterrées en les martelant de pics glycémiques à la crème glacée. Épicurien curieux, je culmine vers l’incurable calamité d’une existence caramélisée. À moins qu’un miracle vienne calmer cette soif, j’écoulerai les jours qui me restent sans même y faire gaffe.


Poids Plume
Avril 2018

Productif et actif, futuriste et furtif, je m’exécute avec excitation dans un monde extraordinairement excessif. Bombardé par les bimbos publicitaires et le blabla bidon qui m’incite à me taire, malmené par les marées de matraquage malabar et les mirages miroitants de minables bobards, je m’extirpe in extremis au volant de ma 206, sillonnant les sentiers solitaires avec mon âme sœur, sous un soleil dont je savoure le silence salutaire. Ça me pomperait l’air d’être populaire, pendu à un portrait poli et lisse, poursuivi par la police du politiquement correct. Je préfère l’anonymat discret d’un insecte, loin des caméras qui nous dissèquent, construisant sans contraintes ni constrictions le déclin de notre civilisation. Je préfère la légèreté d’une plume au poids plombant des diplômes et des pâles promesses de prouesses pécuniaires. Je m’envole au lieu de me voiler la face, sans m’affoler, tel un rapace qui voit le monde pour ce qu’il est, un flot irréel et relié de rivières et de vallées virevoltantes. Je vois un monde qui vibre d’une vie aux couleurs chatoyantes, une vision venant chasser le chahut chétif de mes incertitudes changeantes, une fission chantante au cœur des chamboulements chancelants de l’existence.


Élémentaire
Avril 2017

Terre fertile et profonde
Libère-moi des carcans de la peur
Fais vibrer la beauté de ce monde
Loin des colères ancestrales et des enfants qui pleurent
Terre humble et féconde

Eau fluide et ondulante
Traverse-moi de ton courant
Quand la vie devient lourde et lente
Inonde la tiédeur languissante de notre temps
Eau limpide et vivante

Feu sacré et ardent
Déploie ta fureur divine
Consume-moi jusqu’au néant
Pour raviver le désir profond qui m’anime
Feu extatique et dément

Air léger et gracieux
Porte-moi de ton souffle céleste
Je pourrais être tellement mieux
Mais j’ai besoin de lâcher du leste
Air invisible et soyeux

Amour universel
Éther, lumière, vie qui rayonne
Je vois en toi l’éternel
Tout ce que je désire, tu me le donnes
Avec l’ombre d’un sourire
Amour qui résonne


Coucou
Avril 2017

Le coucou chante au soleil
Enivré par le parfum de la glycine
Il sait que rien ne lui appartient
Ni le silence, ni les mélodies ni les rimes

Locataire de l’univers
Nid trouvé parmi les cimes
Étranger parmi les siens
Tout seul là-haut, qu’est-ce qui l’anime ?

Tout ce qu’il est, est emprunté
Ses idées, ses rêves, son bonheur
Il suit son chemin, peu préoccupé
Par les échecs, les critiques et les erreurs

Il sait qui il est, n’a pas grand-chose à prouver
À l’image du Soleil qui scintille sans bruit
Chaleur et lumière, éternelle beauté
Obscurité sereine quand vient la nuit

Je suis comme ce coucou
Je n’ai rien inventé
Et je rends à la vie tout ce qu’elle m’a donné

Toutes les couleurs, les parfums, les saveurs
Les courants d’euphorie qui traversent mon corps
Je vous les offre, je vous les chante
Pour vous remercier de m’avoir mis au monde


Arbres de vie
Mars 2017

Sous l’écorce du chêne est ma propre vérité
Quand ma vie se corse et les envies m’enchaînent
J’y trouve de vieux souvenirs enchevêtrés
Odeurs de chanvre et aventures dans la forêt

À l’ombre des pins, j’ai retrouvé la joie
Vents océaniques et voiles ouvertes vers l’au-delà
L’eau de la mer, non loin de là
Me chérit au creux de ses bras

Dans le cerisier de mon enfance
J’ai cueilli mille fois l’abondance
J’ai trouvé ce que je ne cherchais pas
Et qui finalement, avait tant d’importance

À la lueurs de tes yeux
J’ai découvert un océan de tendresse
Où tout est pardonné
Mes échecs, mes peurs et mes maladresses
Mon amour un peu naïf, mon corps tout chétif
C’est tout mon être que ton regard caresse


Ombre grise
Janvier 2017

J’veux retrouver l’inspiration poétique
Être une machine à pépites automatique
Qui canalise les sons et les consonnes
Comme un kaléidoscope branché sur fibre optique

J’veux en finir avec la mollesse de mes journées
Le mal de dos et les molaires enchocolatées
Aujourd’hui, je sors mes canines
Je mords l’instant tout cru en prenant le temps de le mâcher

J’te lâcherai pas, ombre malicieuse
Tu crois m’échapper parce que t’es creuse ?
Regarde-moi te dévorer de rimes et de rires
Ignifiant ton désir d’en finir
Regarde-moi te danser dans le noir
Démon irascible, tu ne fais que pimenter mon histoire !

Je te vois comme tu es
C’est-à-dire invisible
Au-delà des mots, en deçà du possible
Si j’avais pas de stylo, je t’aurais juste criée
Ou je t’aurais écrite au crayon à papier
Pour te rendre grise, entre obscurité et lumière
Comme la nacre d’une huître trouvée au bord de la mer
Comme la fourchette avec laquelle je me nourris
La matière dans ma tête avec laquelle je réfléchis

Avec laquelle j’ai des envies poétiques
Des pulsions primaires de pornographie linguistique
Des spasmes incontrôlables de rythmes et de voyelles
Une symphonie animale, un beatbox onirique
Qui fait pousser les griffes, les crocs et les ailes
Dans une explosion jouissive de court-circuits synaptiques​


À la fin de l’été
Septembre 2012

À la fin de l’été
Enfants sauvages, tout reste à célébrer
Sans faim, sans sommeil
Des dernières lueurs aux premières rosées

Aux journées sans fin semées d’effervescence
Aux cimes verdoyantes balayées par les vents
Aux cieux parsemés d’or dans nos yeux sans défense
Scintillant en silence sous ce bel océan

Aux nuits somptueuses d’ivresse
Aux rivières de miel, aux ruisseaux de cire
Tout se meurt mais rien ne cesse
L’harmonie de nos gestes, la couleur de nos rires

Aux vapeurs sucrées de nos rêves paisibles
Aux feux exaltés de nos passions sans rides
Sang de la terre, sève de l’univers
Saisis par la lumière, plus rien ne semble vide

Les bancs d’école, les tables de cantine
Le premier jour, le premier baiser
Les premières fleurs et les premières racines
Tout peut mourir et tout peut recommencer​


Babel
Avril 2012

Le meilleur moment de ta vie
C’est quand t’as découvert qu’on pouvait grimper sur le toit
Tous ces étés et t’aurais pu être là
À fumer ton envie d’évasion
À en finir avec les gens qui ont toujours raison

Tous ceux qui te veulent du bien
Mais qui ne sont même pas capables d’êtres contents
Quand t’es heureuse d’être ailleurs
Quand t’es partie trop longtemps au pays de tes rêves
Liberté, il n’y a qu’elle et toi
Alors que les autres histoires s’achèvent

Quand tu te lasses de tourner en rond
Tu cherches dans les placards et les vieux tiroirs
La lettre de tes premiers frissons
Il y a toujours quelque chose de nouveau à voir
C’est ça qui te manquait, la passion

Tu ne comptes plus les jours
Si tu avais une montre, le temps serait trop long
Et la suite, et la suite
Tu fais des ronds avec ton crayon
Tu broies du graphite dans un chaos graphique
La mer, le vent et les petits poissons

Heureusement que t’es là-haut
Cachée de tous, même de ceux qui croient tout partager
Ton jardin secret, ton souterrain mystérieux
Ils n’auront pas la clé, jamais, jamais, jamais
C’est le seul endroit où il fait toujours beau

T’avais cru qu’on pouvait tout dire
Mais tu ne pensais pas qu’on pouvait même mentir
Parce qu’on aime et ça n’a plus de sens
Tu penses à toutes les vies qui se sont enfuies
Beaucoup de portes restées fermées, beaucoup d’absences
Mais maintenant tu voles
Et tout cela n’a plus d’importance​


Rivière
Mars 2012

Enfin
Le calme
La fin
Les âmes
Dansent
Je pense
Mais je ne suis plus
Tous égaux
Sans dire mot
Rien n’est perdu

Rivière de soie
Rivière de moi
Effusion lumineuse
Explosion d’émoi
Joies-reliques
Lieux d’outre-monde
Hégémonique
Flots immergeants
D’humeurs et d’ondes

Toi aussi
Moi aussi
Feuille d’automne
Flocon d’hiver
Pour ce qu’ils en disent
Fleur de printemps
Propos amers
Folie d’été
Tu es merveille
Fouillis d’était
Après le réveil

Aube de miel
Ambre d’espoir
Toujours si belle
Tout comme le noir
Le noir profond
Profondeur d’âme
Noirceur d’amont
Splendeur d’aval
Quand ton cœur fond
Nos peurs se valent
Évaporation
Bruits de fractales
Épuration
Quand tes yeux se ferment
Je vois s’évader
Tout ce qui soupire
Tout ce qui fait mal​


Petite fille dans les étoiles
Février 2012

Petite fille dans les étoiles
Constellation de mes pupilles
Quand je pense à toi
Ça picote et ça pétille

Dévoile ta courbe infime
Le ruissellement de ta splendeur
La profondeur de ton abîme
Quand tu me souris, quand tu pleures

Prisme de mes journées
Chouette de mes crépuscules
Je vois tes reflets s’animer
Quand tu t’approches, quand tu recules

Tu peux t’éteindre, t’évaporer
Nébuleuse d’oubli, nébuleuse d’hiver
J’ai capturé ta beauté
Fabuleuse de nuit
Même sans vie, même sans lumière​


Noctambule
Février 2012

Je me suis perdu dans les rues. Les impasses pourtant si charmantes et les avenues lisses et brillantes, qui mènent on ne sait où. Toutes se laissent engloutir par le clapotis des gouttes et le coulis des gouttières ; on croit entendre des cris, des clés, des pas pressés, mais ils ne naissent nulle part et se laissent noyer. Des réverbères sans spectateurs offrent une danse de lumières.

J’ai fermé les yeux pour y voir plus clair. J’ai marché le long du quai sans croiser une âme, sans lever les paupières. L’eau fige mes pores et étend mes idées. Je ne sais pas quand ça s’arrête, ni quand j’ai commencé. Oubliant mes pas, j’ai heurté la barrière en bois. Pourquoi je fais ça ? Envie de respirer, envie de ressentir. Envie d’échapper aux forces qui ne font qu’anéantir. Je n’étais pas stupide d’être libre mais libre d’être stupide. J’étais heureux de mon mariage avec la pluie, de mon naufrage dans la nuit.

Ce moment, je l’ai embrassé ainsi, pas autrement, pas de « et si… », pas d’excédent dans le récit. On tombe bien bas, s’il faut paraître ; s’il faut reprocher à l’autre d’être. S’il faut revenir vers le meilleur alors qu’avancer n’a rien de pire. Tout semble avoir changé alors que je savais m’y retrouver. C’est peut-être le soir, c’est peut-être le noir, c’est peut-être le froid qui inonde les trottoirs. J’ai su m’y retrouver, c’est que finalement rien n’a changé. Rien n’a changé sinon mon regard glacé par les vents.

Mon regard tourné vers une nouvelle vie, vers un événement. Quelque chose, quelque part, quelqu’un, sans savoir comment ; car c’est beau quand ça pétille, c’est beau quand c’est violent.


Brise
Décembre 2010

Des effluves rayonnantes percent mon sommeil
Fleuves de lumière, précieuses merveilles
Prismes sans faces
Scintillent et s’abandonnent

C’est un nouveau jour
Sans sourires, sans ivresse
Tu pourrais être là
Comme cette brise
Qui entre sans bruit
M’effleure et me caresse

L’air limpide s’incruste de silence
Des joyaux s’enlacent et se séparent
Cette danse sans mots
S’élance puis s’efface
Cède sa place à tout hasard

C’est un nouveau jour
Sans sourires, sans ivresse
Tu pourrais être là
Comme cette brise
Qui entre sans bruit
M’effleure et me caresse​


Amour
Août 2008

Je veux te faire l’amour sous les étoiles
T’entendre dire « Je t’aime » d’un doux chuchotement
Sentir la chaleur de ton corps qui, lentement, se dévoile
Un instant de délices, perdu dans tes yeux noirs
Sous la lueur d’une lune qui scintille lentement

Je veux sentir ta peau douce glisser sous mes doigts
Ta respiration lente qui s’échoue sur mes lèvres
Noyées dans les flots noirs de ta chevelure
Des vagues de plaisir au rythme de nos cœurs
Se mêlant à la nuit qui jamais ne s’achève

Je veux t’aimer très fort et t’aimer de plus belle
Rendre ta vie pétillante et chasser tes soucis
Briller dans tes yeux comme une pluie d’étincelles
Je voudrais qu’on soit les plus beaux amants de la nuit
Ensorcelés d’amour, de désirs et d’envies

Laisse-moi t’embrasser
Te prendre dans mes bras
La paradis est ici
Ne le vois-tu pas ?​​


L’art
Janvier 2008

L’art est rare
Mais suit tes pas
Ne va nulle part
N’oscille pas

Il est en toi
Mais ne sort pas
Trouve-le, couve-le
Même si l’air est trouble
Goûte-le et crie
Écris l’art, c’est un jeu

Il est là pour laver
L’art purifie la vie
Lave d’un volcan
La crache
Vole la laideur
L’arrache